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MONDE


CATALOGNE Mardi22 janvier 2013

La feuille de route vers l’indépendance

Manifestation à Barcelone en faveur de la défense de la langue catalane. (AFP)

Manifestation à Barcelone en faveur de la défense de la langue catalane. (AFP)

Le parlement catalan entérinera jeudi le principe d’un référendum prévu pour 2014 après l’annonce la semaine dernière par le chef de l’exécutif, Artur Mas, des cinq axes pour sortir de l’Espagne. Madrid a fait savoir qu’il s’opposerait «par tous les moyens» à cette consultation «illégale»

«La Catalogne est un sujet politique et juridique souverain. Aucune autre autorité ne peut l’empêcher.» Droit dans ses bottes, le leader nationaliste Artur Mas, réélu à la tête de l’exécutif régional lors des législatives du 25 novembre, montre une détermination sans faille pour parvenir à son grand dessein politique: un référendum d’autodétermination prévu en 2014. Comparé au «Moïse catalan» du fait de ses accents messianiques, il entend ni plus ni moins «modifier le cours de l’histoire d’un peuple millénaire». La semaine dernière, alors qu’il inaugurait la ligne de train à grande vitesse entre Barcelone et la frontière française, le tribun nationaliste a égrainé ses particulières «Tables de la loi en cinq commandements»: «autodétermination», «transparence du processus», «dialogue», «légalité de la consultation», sans oublier l’«européisme de la Catalogne», axe essentiel du discours pour éviter à tout prix d’être mis au ban de l’UE au terme d’une hypothétique séparation.

Ce ne sont plus seulement de belles paroles à l’adresse des indépendantistes (52% des Catalans, selon un sondage de 2012 du très officiel Centre d’études d’opinions), mais une feuille de route. La Generalitat (le gouvernement catalan) avait décrété que le programme du défi sécessionniste était officiellement en marche depuis lundi. Après de longues semaines de négociations bilatérales et d’anicroches, les deux principales formations séparatistes se sont mises d’accord sur la marche à suivre «afin d’éliminer tous les obstacles légaux d’ici à fin 2013»: Convergencia i Unio (CiU), le parti d’Artur Mas, et Esquerra (ERC, indépendantistes de gauche), qui détiennent la majorité absolue au ­parlement autonome, «iront main dans la main» pour se montrer à la hauteur «d’un défi historique».

Celui-ci n’est pas des moindres puisque le gouvernement national, dirigé par le conservateur Mariano Rajoy, a fait savoir qu’il s’opposerait «par tous les moyens» à cette consultation «illégale» et «absurde». La Constitution espagnole penche en sa faveur, puisqu’elle stipule que tout référendum doit être proposé par le roi avant d’être approuvé par une majorité des députés nationaux. Impensable.


Etape suivante: en février, les nationalistes mettront sur pied le «Conseil catalan pour la transition nationale», un organisme qui aura la charge de coordonner toutes les initiatives officielles jusqu’à la si convoitée consultation, que les autorités de Barcelone voudraient faire coïncider avec le référendum en 2014 sur l’indépendance en Ecosse. Le point d’orgue sera la création d’une agence fiscale catalane. «Il faudra que nous soyons techniquement prêts à ce que les citoyens catalans puissent payer l’intégrité de leurs impôts ici, et plus du tout à l’Etat espagnol», a précisé Francesc Homs, l’homme de confiance d’Artur Mas et porte-parole de son exécutif.

Alors que l’affrontement entre Madrid et Barcelone est perçu de toutes parts comme inévitable, chaque camp affûte ses armes. Du côté catalan, on prévoit de lancer dans les semaines à venir une opération de séduction dans le reste de l’Europe. «Pour tisser des réseaux de complicités à l’étranger nous donnant plus de force», précise Francesc Homs. Artur Mas compte se rendre bientôt à Berlin et à Bruxelles pour gagner des adeptes dans les hautes sphères politiques. Côté madrilène, certains ministres du gouvernement Rajoy, très remontés, ont évoqué plusieurs parades: le blocage par le Tribunal constitutionnel, la «suspension» de l’autonomie catalane, voire l’intervention de l’armée.

Prudent par nature, Mariano Rajoy compte sur deux possibles conjonctures adverses: primo, l’aggravation de la crise budgétaire de la Catalogne, au bord de la faillite – la région a sollicité une aide d’environ 7 milliards d’euros à Madrid; segundo, la rupture entre Artur Mas et ses amis indépendantistes d’Esquerra (ERC), qui ont conditionné leur alliance avec Artur Mas à l’adoucissement des coupes budgétaires dans la santé et l’éducation. «C’est le nerf de la guerre, confie le politologue Gil-Calvo. Le libéral Artur Mas, chantre de l’austérité, doit trouver un moyen d’atténuer sa politique de rigueur, et ce sans fâcher Bruxelles. Sans quoi il perdra un allié sans lequel il ne peut poursuivre son chemin vers l’indépendance.» Une gageure.