2013 0220. Guerre de l'ombre au Parti populaire contre Mariano Rajoy

Le Monde


LE MONDE | 19.02.2013 à 14h55Par Sandrine Morel - Madrid, correspondance
Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy s'exprime sur les thèmes de l'austérité et de la croissance lors du sommet organisé à Madrid par le journal "The Economist", le 12 février 2013.
Rien ne va plus au Parti populaire (PP, droite). Depuis qu'a éclaté l'affaire Barcenas, du nom de l'ex-trésorier du parti, un scandale portant sur des "compléments de salaires" présumés, versés au noir durant plus d'une décennie aux cadres du PP, dont Mariano Rajoy, de violentes tensions se manifestent au sein du parti au pouvoir.

A l'approche du très attendu débat sur l'état de la nation, qui devrait donnerl'occasion à Mariano Rajoy de s'expliquer, mercredi 20 février, son parti brandit la théorie de la conspiration. Javier Arenas, vice-secrétaire national du PP chargé des questions territoriales, a dénoncé, lundi, une "bataille" contre M. Rajoy "visant à le remplacer".

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Qui livrerait cette bataille ? Le secret est bien gardé. Mais les prises de position publiques de certains membres de poids du PP laissent entrevoir une guerre intestine, en dépit de la loi du silence qui bride d'ordinaire les manifestations de dissension. Un verrouillage interne qu'applique d'ailleurs aussi le Parti socialiste. Esperanza Aguirre, présidente du PP de Madrid, ancienne présidente de la région et principale représentante du courant le plus critique au sein du PP envers le chef de l'exécutif, a jugé "absolument indispensable" un renouvellement politique pour que "l'ambiance de corruption" ne paralyse pas les premiers signes du rétablissement de l'économie.

Ultralibérale en matière économique, franchement recentralisatrice, fidèle aux positions de la puissante Conférence épiscopale, celle qui se définit comme une héritière de Margaret Thatcher est allée jusqu'à donner des leçons de transparence aux dirigeants du parti. Elle a rappelé que, dans l'"affaire Gürtel" – un vaste réseau de corruption qui aurait servi au financement illégal du PP –, elle avait expulsé du parti les suspects "bien avant qu'ils ne soient mis en examen". Une allusion aux soupçons qui pèsent sur l'actuelle ministre de la santé, Ana Mato, qui aurait bénéficié des largesses du réseau Gürtel, mais que défend le président du gouvernement. Et à l'ancien trésorier Luis Barcenas, que le parti a continué depayer jusqu'en décembre 2012, bien qu'il ne soit plus en poste depuis 2009.

Mme Aguirre bénéficie du soutien du deuxième quotidien espagnol, El Mundo, et du patronat madrilène qui apprécie que les impôts sur le patrimoine et sur la succession ne soient pas prélevés dans la région de Madrid, où les mesures d'austérité se concentrent davantage sur la réduction des dépenses de santé et d'éducation.





CRITIQUES À MI-VOIX CONTRE L'"IMPROVISATION" DE M. RAJOY

Le président de l'Estrémadure, José Antonio Monago, qui a déjà critiqué l'augmentation de la TVA sur les biens culturels et la suppression de la prime de Noël aux fonctionnaires, a demandé pour sa part que les électeurs puissentchoisir les candidats qu'ils souhaitent élire sur les listes présentées par les partis. Cette mesure briserait le contrôle de la direction du PP sur le choix des élus. Ce n'est pas la première fois que des tensions internes secouent le PP. En 2008 déjà, Mme Aguirre avait été tentée de se présenter contre M. Rajoy à la direction du parti, mais avait finalement renoncé. Aujourd'hui, les tensions sont ravivées par la crise et les critiques à mi-voix contre l'"improvisation" dont ferait preuve M. Rajoy.

L'ex-ministre de l'intérieur et député européen Alejo Vidal-Quadras, critique envers le manque de fermeté du gouvernement face aux tentations indépendantistes en Catalogne, a demandé un "congrès extraordinaire ouvert à tous les militants du parti". El Mundo a publié, le 5 février, une tribune de l'écrivain et journaliste Luis Maria Anson demandant le retour de José Maria Aznar à la direction du parti.

La crise économique, politique et territoriale que traverse l'Espagne menace-t-elle de faire voler en éclats le gouvernement ? Pour le moment, le chef de l'exécutif, qui dispose d'une large majorité absolue, résiste en gardant le silence. Mais, mercredi, il devra parler devant le Congrès et répondre au chef de l'opposition socialiste, Alfredo Pérez Rubalcaba, qui demande sa démission.
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